Repartir d’un musée avec un souvenir gravé à vie : c’est la proposition, très sérieuse, du musée Maison de Rembrandt (Museum Rembrandthuis) à Amsterdam. Depuis le 26 octobre et jusqu’au 7 novembre, l’ancienne maison du peintre accueille un studio de tatouage éphémère. Les visiteurs peuvent s’y faire tatouer un motif tiré des œuvres du maître néerlandais, signé par certains des tatoueurs les plus connus d’Europe.
Plan de l'article
Le « Poor Man’s Rembrandt Project », deuxième édition #
Le projet porte un nom plein d’autodérision : « The Poor Man’s Rembrandt Project ». Comme l’explique The Art Newspaper dans son article du 26 octobre, il associe le musée à deux studios : Schiffmacher & Veldhoen, à Amsterdam, et St. Catherina, à Anvers.
Ce n’est pas un coup d’essai. Les tatoueurs de Schiffmacher & Veldhoen avaient déjà installé un studio au musée en 2023, avec des motifs inspirés de Rembrandt. Le succès de cette première fois a donné envie de recommencer, en voyant plus grand.
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À la tête du projet, on trouve Henk Schiffmacher, figure historique du tatouage néerlandais. Selon Euronews, sa carrière s’étend sur plus de 45 ans et il a tatoué des célébrités comme Lady Gaga ou des membres des Red Hot Chili Peppers. Le surnom « Poor Man’s Rembrandt », il l’assume : pour lui, le tatouage est un art qui accompagne son propriétaire toute sa vie.
Un dos entier pour « La Descente de croix » #
La pièce maîtresse de cette édition est spectaculaire. Une équipe de tatoueurs reproduit sur tout le dos d’un jeune homme l’une des eaux-fortes les plus complexes de Rembrandt, La Descente de croix, gravée en 1633. D’après The Art Newspaper, le travail demande vingt heures au total.
Le « support » s’appelle Bo Kwakernaak. Il a 28 ans, vient d’Amersfoort et a répondu à un appel lancé sur Instagram. Le tatouage lui est offert. Une première moitié a été réalisée en une dizaine d’heures, et la fin du travail est prévue lors d’une ouverture en nocturne du musée, le 7 novembre.
« J’ai toujours ressenti un lien avec les tableaux de Rembrandt », confie-t-il au journal. « Je ne suis pas religieux, mais j’ai toujours été attiré par l’imagerie religieuse. Ici, c’est l’émotion sur les visages, le chagrin. Il y a toute une histoire dans une seule image. »
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Pourquoi cette gravure précisément
Henk Schiffmacher explique que l’équipe a regardé d’autres œuvres avant de choisir celle-ci. « Celle-là était tellement dramatique », raconte-t-il. « La colonne vertébrale devient presque une partie de la croix. » L’idée est forte : le corps du tatoué épouse la composition de la gravure.
Le tatoueur rappelle aussi un détail qui compte : une fois terminé, le tatouage doit se « poser » dans la peau pendant environ un an avant d’être à son meilleur. « C’est aussi une gravure, mais la peau n’est pas du papier », résume-t-il. Et d’ajouter : « C’est la seule œuvre d’art que vous pouvez emporter dans la tombe. »
Un tatouage Rembrandt pour le public, de 100 à 300 euros #
Le projet ne se limite pas à un seul dos. Jusqu’au 7 novembre, le public peut réserver une séance ou passer sans rendez-vous au studio temporaire du musée. Les motifs proposés sont plus petits, inspirés des gravures et dessins du maître. Selon The Art Newspaper, il faut compter de 100 à 300 euros. Le quotidien autrichien Der Standard confirme ces prix et précise que les créneaux se réservent sur le site du musée, même si les visiteurs sans rendez-vous sont aussi acceptés.
Euronews a suivi un journaliste qui a tenté l’expérience. Son verdict : satisfait du résultat, même s’il a eu un peu mal. À la fin de la séance, Henk Schiffmacher l’a accueilli en plaisantant dans le « monde des freaks ».
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Le tatouage entre au musée, et ce n’est pas un gadget #
On pourrait y voir un simple coup marketing. La directrice du musée, Milou Halbesma, s’en défend. « Tout est une question de contenu », explique-t-elle à The Art Newspaper. « Nous sommes un musée de l’artisanat, et nous essayons d’ouvrir le savoir-faire de Rembrandt et de ses élèves le plus largement possible. » Pour elle, faire travailler des tatoueurs reconnus dans la maison du peintre revient à prolonger cette logique d’atelier.
Elle insiste aussi sur la sincérité des autoportraits de Rembrandt, qui montrent chaque ride et chaque imperfection. Un parallèle parlant avec le tatouage, qui assume lui aussi de marquer la peau pour de bon.
Henk Schiffmacher voit même un lien historique. Rembrandt s’intéressait aux marins, collectionnait des objets venus du monde entier, et l’Amsterdam du XVIIᵉ siècle brassait des gens de partout. « Il y avait forcément des marins tatoués », estime-t-il.
Ce que ça dit du tatouage aujourd’hui
Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large : le tatouage est de plus en plus reconnu comme un art à part entière, avec ses maîtres, ses styles et son histoire. Le travail en trait fin et en hachures, très proche de la gravure, se prête particulièrement bien aux motifs anciens. Pour les amateurs qui rêvent d’une pièce inspirée d’une œuvre classique, l’exemple d’Amsterdam montre une voie : choisir un tatoueur dont le style colle à l’œuvre, et accepter que le résultat final prenne du temps.
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Pour ceux qui passent par Amsterdam d’ici le 7 novembre, l’occasion est rare. Sinon, il faudra peut-être attendre une troisième édition pour repartir avec un Rembrandt sous la peau.




