D’ordinaire, c’est lui qui tient la machine. Le 25 octobre 2026, Ivan Picciau, tatoueur installé à Gisors, dans l’Eure, et connu sous le nom d’Enzo sur les réseaux sociaux, est passé de l’autre côté : il a défilé devant un jury à Disneyland Paris, lors de la finale France du concours Mister Tattoo World. Le verdict était attendu ce lundi 2 novembre. En jeu, une place pour la finale mondiale, prévue à Miami en février 2027.
Plan de l'article
Un tatoueur plébiscité par le vote du public #
Le parcours a commencé au printemps. Comme le raconte actu.fr dans son portrait publié le 30 octobre, la première phase du concours s’est déroulée de mai à septembre, avec un vote du public sur le site officiel. Environ 5 000 participants y étaient soumis.
Le tatoueur gisorsien a terminé en tête de ce classement, avec 2 014 945 votes, contre 896 558 pour le deuxième. Un écart considérable, même s’il faut préciser que ces votes étaient payants : ils mesurent autant la capacité à mobiliser une communauté que la qualité des tatouages eux-mêmes. Cinq candidats se sont qualifiés pour la finale France, dont deux ont déclaré forfait.
À lire International Brussels Tattoo Convention : un pass à 1 euro pour trois jours à Tour & Taxis
Ce sont les organisateurs qui l’ont repéré. « Ce sont les organisateurs du concours qui m’ont contacté après avoir vu mon profil sur les réseaux sociaux », explique-t-il à actu.fr.
Un corps raconté par l’encre #
À 50 ans, Ivan Picciau se fait tatouer depuis l’âge de 20 ans. « Je suis rempli de partout. Je n’ai presque plus de place pour de nouveaux tatouages, en dehors de l’arrière des cuisses », confie-t-il. Chaque motif renvoie à une période de sa vie, et la sienne a été mouvementée : ancien militaire décoré de la médaille militaire, blessé pendant la guerre en ex-Yougoslavie, il a aussi été wakeboardeur professionnel et sapeur-pompier volontaire.
De cet épisode de guerre, il garde un tatouage portant la devise latine « veni vidi vici ». Et il ne compte pas s’arrêter : « J’ai déjà prévu de me faire tatouer une deuxième couche là où c’est possible ». Même s’il reconnaît que certaines séances, notamment sur le dos à l’approche des côtes, l’ont fait pleurer de douleur.
Le spécialiste des traits fins
Avant d’ouvrir son salon à Gisors en 2024, il a exercé une dizaine d’années à Beauvais. Il travaille aussi régulièrement à Marrakech. Sa spécialité : le micro-tatouage et les traits très fins, un style devenu très demandé ces dernières années, notamment pour les premiers tatouages discrets. Sa clientèle, selon actu.fr, va des étudiants aux gendarmes et pompiers, en passant par des footballeurs professionnels et des personnalités de la téléréalité.
À lire Amsterdam : la Maison de Rembrandt ouvre un studio de tatouage éphémère jusqu’au 7 novembre
Un métier qui a profondément changé #
Le portrait permet aussi de mesurer l’évolution de la profession en trente ans. Longtemps associé à des clichés et à des craintes sur l’hygiène, le tatouage est aujourd’hui un métier encadré. Actu.fr rappelle que l’ouverture d’un salon passe par l’Agence régionale de santé, qu’une formation à l’hygiène et à la salubrité est obligatoire et que les aiguilles sont à usage unique, collectées ensuite par une entreprise spécialisée dans les déchets médicaux.
Ivan Picciau y voit un progrès. « Nous sommes très contrôlés d’un point de vue sanitaire, et c’est une bonne chose », dit-il. Il insiste aussi sur la transmission : « Il n’existe pas à proprement parler d’école du tatouage. Mais je pense qu’il est indispensable de se former auprès d’un tatoueur déjà expérimenté. Car on peut être très doué en dessin et pour autant ne pas être capable de tatouer. »
Un conseil qui vaut aussi pour les clients. Avant de choisir un salon, regarder le portfolio ne suffit pas : l’hygiène du lieu, le matériel à usage unique et le dialogue avec le tatoueur sur le motif et l’emplacement comptent autant que le style.
Les concours, nouvelle vitrine du tatouage #
Les concours et conventions se multiplient, et ils donnent au tatouage une visibilité grand public. Sur Cooliz, nous avons suivi cet automne plusieurs de ces rendez-vous, de la Mulhouse Tattoo Convention à celle de Bruxelles. Mister Tattoo World joue une autre carte : celle du concours de personnalité, où le corps tatoué lui-même est jugé, et non une pièce réalisée sur place.
À lire Mulhouse Tattoo Convention : la 11e édition s’installe au Parc Expo ce week-end
C’est ce qui rend la candidature d’Ivan Picciau intéressante. Le tatoueur y est jugé comme porteur de tatouages, et son corps devient la vitrine de trente ans de passion. Quel que soit le verdict du jury, son parcours rappelle que derrière chaque tatouage il y a une histoire, et que le métier n’a plus grand-chose à voir avec l’image marginale qu’il traînait autrefois.
Si le jury le désigne, rendez-vous à Miami en février 2027 pour la finale mondiale.




